Késako ?

Shu-Ha-Ri est un concept apparu dans les arts martiaux japonais décrivant les 3 étapes de l’apprentissage :

  • Shu : protéger/obéir -> apprendre les fondamentaux – savoir faire
  • Ha : se détacher -> s’éloigner des fondamentaux, les questionner – savoir pourquoi on fait
  • Ri : Se séparer -> transcender les limites, créer ses propres fondamentaux

Il se base sur un système de maître-élève. Dans la phase Shu, l’élève suit les ordres du maître à la lettre, se concentrant sur l’apprentissage, le comment faire. Dans la phase Ha, l’élève commence à comprendre pourquoi, il commence à questionner ses pratiques et à rechercher d’autres sources d’information. Dans la phase Ri, l’élève a compris le pourquoi et le comment. Il peut alors créer ses propres bases, ses propres pratiques.

En quoi cela peut-être utile comme outil de formation ?

Dans mon parcours professionnel, le mentoring a toujours joué un rôle important. J’ai pour habitude d’avoir deux « mentorés » en même temps : des apprentis en début de master et je les suis pendant 3 ans. Ainsi, pendant ces 3 années où ils travaillent avec moi, j’applique cette méthode. La première année et demi, ils font ce que je dis, regardent comment je travaille et répètent les gestes demandés (coding kata). Ils vont suivre mon rythme, appliquer mes artefacts et événements. Durant la deuxième année je commence à faire de la conception avec eux, de l’architecture, à les regarder faire pour ensuite les questionner sur leurs pratiques, et à construire lentement la leur. Et durant la fin de la troisième année, je les pousse à quitter le chemin que je trace et construire le leur. Je continue de les suivre, de débrieffer avec eux des erreurs et problèmes, mais je ne leur dis plus quoi faire.

Ainsi cette méthode a pour moi deux avantages majeurs :

  • L’apprentissage est très empirique et bien des connaissances passent du maître à l’élève plus naturellement, presque par osmose. L’élève voyant comment travaille le maître, il calquera automatiquement sa pratique à la sienne.
  • Remettre un peu d’humain. Je tire une grande satisfaction dans l’accompagnement, les voir grandir et s’épanouir. Et je garde un lien fort avec la grande majorité de « mentoré(e)s » que j’ai suivi.
  • Apprendre plus que le code. Beaucoup dans notre métier ne tient pas de la technicité, mais du « professionnalisme ». Comment gérer le stress ? Un client problématique ? Un membre de la team ? Une erreur ? Une deadline ? Etc…

Comment appliquer cela à une (trans)formation digitale ?

La méthode la plus simple est de mélanger les équipes « sachantes » et les équipes « néophytes » ; et décider avec les équipes quels objectifs de formation ils veulent mettre en avant. Durant un trimestre les équipes « sachantes » vont driver la méthode Agile à déployer ainsi que les opérations :

  • Quels Events utiliser et comment ? (Daily, preview, review, retro, post mortem, etc)
  • Quels artefacts ? (Sprintlogs, backlogs management, Purge du backlog, User Story Map, Release Planning, etc)
  • Activités ? (Pair review, pair programming, process review, conception conjointe, etc) De plus, ils seront les garants des choix d’architecture et de donner le tempo.

Au bout du trimestre, les équipes « sachantes » passent le drive aux équipes « néophytes » sur les opérations jour à jour. Pendant les Reviews les « Sachants » accompagneront les équipes pour cadrer les possibles dérives et mieux répondre aux questions qui auront surgi durant le sprint/cadence.

Pourquoi est-ce un bon modèle d’apprentissage ?

Lorsque l’on commence à faire quelque chose avoir une pléthore de choix est contre-productif. Nous passons plus de temps à savoir si c’est une bonne chose à faire ou non. En apprenant les premières phases avec le « Shu », nous sommes déjà dans un cadre et nous pouvons ainsi nous concentrer sur l’apprentissage et lentement les Events et artefacts rentrent dans notre routine. Une fois la dynamique intériorisée, elle devient un peu comme un réflexe : une action simple et peu coûteuse à réaliser sans trop se poser de questions sur le moment.

Mais si nous nous arrêtions là, nous aurions des process compris simplement par tous mais nous ne ferions que maintenir des processus/events/artefacts sans savoir pourquoi nous les faisons et ce qu’ils nous apportent. Le « Ha » apporte une capacité d’expérimentation : comprendre que les bases ne sont là que pour pouvoir construire par dessus.

Avec les questions pourquoi et pour quoi (moyen et finalité) arrivent des évolutions dans nos processus et nos méthodes. Elles nous gardent agiles et ouverts à l’amélioration, avec une capacité de demander à des sachants ce qu’ils pensent de nos idées et de nos tests. Le « Ri » enfin est ce vers quoi le chemin nous conduit : à force de petits pas, de petits changements et ajouts, nous créons une méthode qui nous est propre et qui répond à nos contraintes et envies.

Javier Venegas – CTO @Novalian

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